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Aony DEMAZEAU

Donner forme à l'imaginaire

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E067

Synopsis :

Charlotte a disparu. Malgré le danger, son frère, Edward, part à sa recherche. Il rencontreras alors une étranger créature.
Saura-t-elle l’aider ?

Après un mois d’attente, mes nerfs lâchent. Trente jours de recherches, non, trente jours de paresse. Ils me donnent de faux espoirs en me racontant des sottises concernant l’avancée de l’enquête, mais je sais qu’ils me mentent. Charlotte aura vingt-deux ans le mois prochain, et pourtant toujours aucun signe de vie aujourd’hui. Une aînée disparue, respirant la joie de vivre, regardant toujours la vie du bon côté et prête à aider les autres en cas de besoin. Ce sourire qui s’efface peu à peu de ma mémoire, cette aura de bienveillance qui émanait d’elle, tout ça disparaît au fond de moi. Moi, Edward Poirecuite, un jeune adulte de dix-neuf ans bon à rien et stupide, que pourrais-je faire pour la retrouver ? Rien. Il n’y a absolument rien que je puisse faire. Aujourd’hui encore, je décide de retourner au poste afin d’avoir des nouvelles et, comme d’habitude, je me fais envoyer balader par le chef. Cet homme, prétentieux, pensant être le plus fort du monde, mais qui, en réalité, n’est qu’un sadique personnage. Il ne se met pas à la place des autres, il ne comprend pas la douleur que peuvent ressentir les proches des victimes. Il ne s’en préoccupe guère. Je ne saurais l’expliquer, mais cette fois-ci, dans un mouvement de rage et de colère, je saisis le col de sa chemise et me rapprochai de son oreille afin qu’il comprenne l’angoisse qui bouillait dans mon corps.

« Comment pouvez-vous rester impassible face à une telle situation ? Ma sœur a disparu il y a un mois et chaque jour vous m’envoyez me faire voir. Cette fois, c’en est trop, retrouvez-la !!!

— Hey, calme-toi, on va la retrouver, d’accord ?

— C’est ce que vous me dites à chaque fois !!! »

S’il croit que je vais me laisser faire cette fois, il se trompe.

« Respire, tu es beaucoup trop stressé. Inspire et expire tranquillement, ne pense à rien et vide ton esprit.

— Cessez de me sortir ces sornettes ! Je la retrouverai par mes propres moyens !

— Eh bien, fais comme tu veux, mais ne viens pas après nous demander de l’aide », s’exclama-t-il.

D’un air furieux, je partis et claquai la porte derrière moi. Cela m’énerve, il se pavane, pensant être le plus fort du monde, mais en réalité ce n’est qu’un lâche. Dès le début de l’après-midi, je me mis à faire des recherches sur les derniers lieux qu’avait fréquentés Charlotte. Ces lieux ne m’étaient pas inconnus, car moi aussi je m’y rendais de temps en temps. Il y avait le restaurant « Le Cochon Grillé », mais également le parc Bel Air, la jardinerie de chez Pikins et, bien évidemment, le lieu de sa disparition, l’avenue Molliard. Tous ces lieux vont-ils me donner une piste sur l’endroit où se trouve ma sœur ? Je l’espère, de toute façon je ne peux plus attendre. Elle me manque terriblement. Je ne peux que compter sur moi-même maintenant.


Le lendemain, je décidai de me rendre dans l’avenue Molliard. C’était sûrement ici qu’il y aurait le plus d’indices. Je commençai donc à examiner ce lieu. Après une bonne heure à scruter la moindre trace, je me sentis comme observé. Je regardai alors furtivement aux alentours pour voir si quelqu’un m’espionnait. Mais, à mon grand étonnement, personne n’était là. Il n’y avait qu’une légère brise. Était-ce ce doux vent que j’aurais pris pour un espion ? Peut-être, après tout ce qui se passe, c’est normal que je devienne un peu paranoïaque. Tandis que je me relevais, j’eus une nouvelle impression : quelque chose était fixé sur moi. Lorsque je tournai la tête, un bruit sourd, semblable à celui d’un sniper, se fit entendre. J’ai compris qu’il était trop tard pour réagir. Tandis que je m’apprêtais à affronter la mort, je vis une ombre passer devant moi à toute allure. C’est alors qu’en à peine une fraction de seconde, un corps qui semblait inerte tomba de l’immeuble d’en face. Était-ce celui qui était censé m’assassiner ? Je me mis à courir jusqu’au bout de l’avenue quand j’entendis quelqu’un derrière moi. Je me retournai doucement par peur d’être de nouveau ciblé. Quand j’aperçus l’ombre de cette personne, celle-ci portait une capuche. Ce que je pouvais voir du reste de son apparence n’était qu’un corps humain, des ailes de mouche ainsi qu’une queue de chat. Comment une telle créature pouvait-elle exister ? Je ne savais même pas que ce genre de monstruosité respirait, mais que me voulait-elle ? Beaucoup de questions se disputaient dans ma tête. Alors que je sortais de ma rêverie, je vis que cette chose m’avait bloqué le passage. J’étais pris au piège. Lentement, elle s’approcha de moi. Paralysé, je ne pouvais que la regarder. À ma hauteur, délicatement, elle posa une de ses mains sur mon épaule et s’approcha de mon oreille.

« Je suis vraiment désolée. »

De quoi s’excuse-t-elle ? Je ne comprends pas. J’étais sur le point de lui demander lorsqu’elle prit la fuite. Par instinct ou par curiosité de découvrir le visage de ma sauveuse, je courus pour la rattraper et en savoir davantage. Je courus de toutes mes forces avec une énergie nouvelle dont je ne connaissais pas l’origine. Suite à une intense course-poursuite, elle décida enfin de s’arrêter. Nous étions arrivés devant un entrepôt qui semblait abandonné. Elle me fit un signe de main, et je la suivis à l’intérieur de la bâtisse. Arrivé dans le hall du bâtiment, elle me tendit une chaise délabrée afin que nous commencions à discuter. Je fis ce qu’elle attendait de moi et m’assis. Une fois chose faite, elle retira sa capuche et montra son visage. Des yeux de mouche et des oreilles de chat étaient apparus.

« Écoute, je vais aller droit au but. Je connais Charlotte. »

Ces mots pénétrèrent en moi, mais j’avais comme un mauvais pressentiment.

« Où est-elle ? Dis-le-moi !

— Calme-toi et écoute, ta sœur est juste là et ça pour toujours. »

Elle posa sa main sur mon cœur. Je n’ai pas immédiatement saisi. J’avais des doutes sur ce qu’elle insinuait, mais peu à peu je compris que ma sœur n’était plus de ce monde. De chaudes larmes coulaient sur mon visage, je ne pouvais pas m’arrêter. Ma sœur était la seule personne qui me restait et maintenant j’étais seul, je n’avais plus personne. La jeune chimère essuya mes larmes et prit mon visage entre ses mains. Nos fronts se touchèrent, puis elle embrassa celui-ci.

« Ne pleure pas, ce n’est pas ce que voudrait Charlotte. Elle voudrait que tu ailles de l’avant sans repenser au passé qui a fait de toi ce que tu es aujourd’hui.

— Merci, mais raconte-moi, que lui est-il arrivé ?

— Ta sœur et moi, nous étions toutes les deux retenues dans un entrepôt semblable à celui-ci, et nous n’étions pas les seules, nous étions des dizaines. Des hommes qui se considéraient comme des chercheurs ont fait d’horribles expériences sur nous. Elles consistaient à nous injecter des gènes d’animaux, ce qui nous métamorphosait en monstres. Beaucoup de jeunes filles ont perdu la vie, dont ta sœur, qui a été l’une des premières à succomber. Cependant, avant que ce tragique accident n’arrive, elle m’avait beaucoup parlé de toi. Elle disait que tu étais un garçon timide et réservé. Mais en te voyant agir comme tu l’as fait au poste, j’ai compris que ta sœur ne te connaissait pas aussi bien que ça. Avant qu’elle ne succombe sous mes yeux, elle m’a demandé de prendre soin de toi et de te protéger.

— Ça fait beaucoup à encaisser, mais comment tu savais pour le poste ?

— Je voulais m’assurer que tu allais bien avec la disparition de ta sœur et te connaître un peu plus.

— Pourquoi ont-ils fait cela ? Qui sont-ils ? À quoi ressemblent-ils ?

— Attends, une question à la fois, s’il te plaît.

— Oh, excuse-moi. »

Elle a raison, je dois me calmer, mais je suis tellement triste et en colère. Comment rester calme face à une telle situation ? Comment ?

« Tout ce que je me rappelle de cette capture, c’est d’un homme qui semblait être le chef de l’organisation.

— À quoi ressemblait-il ?

— Il était grand, avec une forte carrure, brun et un air sévère, terrifiant. »

Brun, forte carrure, terrifiant, cela ne peut pas être. Et si c’était lui ? Si cet homme est vraiment celui qui a assassiné ma sœur, alors il va amèrement le regretter. Je claquai ma langue contre mon palais, ceci était un réflexe de mécontentement.

Après une bonne heure à avoir discuté en la compagnie de cette créature, une question me vint en tête.

« Mais j’y pense, je ne sais même pas comment tu t’appelles ?

— Tu me le demandes seulement maintenant ? » dit-elle d’un ton amusé.

« Mon nom est Lullule.

— Et moi c’est…

— Edward, je sais ! » dit-elle tout en souriant.

Je ne sais pas pourquoi, mais son ton amusé et son sourire me firent rougir. Elle dégage une aura semblable à celle de Charlotte, comme quoi elle n’était pas la seule à être dotée d’un grand cœur. Sans que j’en prenne conscience, mes larmes avaient cessé de couler et un sourire illuminait mon visage. Cette expression de béatitude sur mon visage était née grâce à elle, à son charisme.


Quelques jours étaient passés depuis ma rencontre avec Lullule. Mais je ne pouvais pas penser à autre chose qu’à elle. Toutes ces horreurs qu’elle avait dû endurer, ça me donnait la nausée. Un mal de cœur intense me prit de court. Mais cet homme, celui qu’elle m’a décrit, si c’était celui auquel je pense, cela expliquerait bien des choses. Vagabondant toujours dans mes pensées, je me dirigeai vers le parc Bel Air, un lieu où ma sœur avait pour habitude d’aller. Je m’assis sur un banc près des jeux en bois réservés aux enfants. Personne à l’horizon. À cet instant, je me sentis des plus seuls au monde. Au départ, je n’entendais que le souffle du vent faisant bouger les vertus de la nature, puis un bruit de pas se fit entendre. Par réflexe, je scrutai les alentours, mais personne n’était là. Lorsque je revins à ma position d’origine, une main agressive me posa un mouchoir devant le nez. Sans avoir eu le temps de me débattre, je sombrai dans le noir complet. À mon réveil, je me trouvais attaché à une chaise, pieds et mains ligotés. J’essayai de me défaire de ces liens, mais rien n’y fit. Je tentai d’hurler, mais un bandeau retenait mes cris. J’étais pris au piège une fois de plus. Comment pouvais-je m’en sortir ? Était-ce ma fin ?

« Tu ne tiens pas en place, ma parole. »

Cette voix, c’est celle de…

« Bien le bonjour, Mr Poirecuite ! »

C’est alors que je vis le visage de l’individu. Celui-ci retira le bandeau qui retenait mes appels.

« Vous ? Mais comment ? Vous êtes le chef de la police, comment pouvez-vous faire ça ?

— Eh bien, mon cher, tu ne peux t’en prendre qu’à toi-même. Si tu n’avais pas cherché à retrouver ta sœur, peut-être que je t’aurais laissé la vie sauve.

— La vie sauve ? Vous comptez me tuer comme vous l’avez fait pour ma sœur !

— Je suppose que c’est l’expérience 067 qui t’en a parlé.

— 067 ? Comment osez-vous, son nom est Lullule !

— Appelle-la comme tu veux, pour moi elle restera l’expérience 067. »

Ce personnage que je détestais tant, celui qui n’en avait rien à faire de mes sentiments, celui qui se surestimait, ce monstre qui s’en est pris à Charlotte et à Lullule, c’était lui.

« Pourquoi avez-vous fait ça ?

— Le monde est fait de surprises, n’est-ce pas ?

— Répondez-moi, pourquoi !?!

— Ta sœur n’était qu’une peste, elle m’a bien cherché et n’a eu que ce qu’elle méritait.

— Vous êtes un monstre ! Et Lullule, pourquoi elle ?

— 067 ? C’est ma petite sœur, pour qui j’ai une haine profonde.

— Votre sœur, comment avez-vous pu ?

— Cela ne te regarde pas, moustique ! »

Mon sang ne fit qu’un tour. Je me débattis de toutes mes forces, mais en vain. Je ne pouvais rien faire, j’étais faible comme toujours. Il allait me tuer et je n’aurais même pas eu la chance de venger Charlotte. C’était fini. Je n’aurais même pas eu l’opportunité de revoir Lullule. J’aurais aimé la revoir, ne serait-ce qu’une dernière fois.

« On aurait pu être amis si tu n’avais pas fourré ton nez partout. Bye-bye, Mr Poirecuite ! »

À ces mots, je fermai les yeux et priai pour qu’un miracle se produise. Puis un bruit sourd, semblable à celui d’une explosion, se fit entendre.

« Laisse-le !

— Oh, ce n’est que toi, 067. »

Lullule. Pourquoi est-elle là ? Elle ne devrait pas intervenir, je ne supporterais pas si elle se faisait de nouveau torturer.

« Crève, frère indigne ! »

Sur ce, elle transperça l’homme de ses griffes acérées. Celui-ci tomba au sol, inerte. C’est terminé, tout est fini.

« Pourquoi es-tu venue ? Tu savais tous les risques que tu prenais, alors pourquoi ?

— Je savais que tu étais en danger et je ne pouvais pas le supporter, alors je suis venue, quitte à mourir.

— Quoi !!! Mais t’es fo… hum ! »

Elle m’embrassa tandis que j’étais encore ligoté. Ses lèvres étaient si douces, je sentais mon cœur s’accélérer au contact de ses commissures. Puis, après quelques instants, elle détacha ses lèvres des miennes. Suite à cela, elle me libéra et je la pris dans mes bras.

« Ne refais plus jamais ça, t’entends !

— Je te le promets. »

Suite à cette promesse, je resserrai notre étreinte afin qu’elle comprenne que je ne pourrais pas continuer sans elle à mes côtés. Tandis que le sang déversé par son frère s’étendait autour de nous, je déposai délicatement mes lèvres sur les siennes, comme par peur de lui faire mal. Cependant, à ce contact, elle m’entoura de ses bras comme pour m’inviter à intensifier notre baiser.

« Lullule, sans toi je ne suis rien, alors je t’en prie, reste pour l’éternité à mes côtés.

— Nous serons toujours ensemble, Edward, c’est promis. »

Sur ce, je l’embrassai fougueusement afin de sceller à jamais notre promesse éternelle. Sans toi, je n’en serais pas arrivé là aujourd’hui, alors merci, Charlotte.

FIN

Information : le texte a fait l’objet de légères retouches par rapport à sa version publiée. Les seules modifications concernent la ponctuation, avec la suppression de multiples points d’extension.

En bonus, un passage m’étant dédié dans le Vertou Magazine lors de la publication de la nouvelle : 

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